Sexe et performance : faut-il toujours les lier ?

Une société axée sur la performance

La société axée sur la réussite et la compétition dans le domaine scolaire et professionnel a reproduit ce modèle dans le domaine de l’intime où là aussi il faut être performant. Cela peut aller parfois jusqu’à une addiction qui devient alors l’obligation à laquelle il faut se conformer pour éviter le phénomène de manque.

Les besoins du corps obligent à se plier à des pratiques compulsives où le plaisir est absent. Ce problème tabou, souvent moqué ou méprisé, celui de l’addiction au sexe a été porté à l’écran par le réalisateur anglais Steve Mac Queen (à ne pas confondre avec l’acteur américain qui n’est qu’un homonyme), dans l’excellent Shame qui dresse le portrait d’un trentenaire new-yorkais dont la vie se résume au travail et au sexe. Pornographie, prostitution, masturbation tout est bon pour l’apaiser. Il ne peut entretenir aucune relation normale avec une femme et fait uniquement appel à des prostituées.

Faire du chiffre pour avoir le sentiment d’exister vraiment

Sans aller jusqu’à la dépendance, la réussite de sa vie sexuelle se cantonne de plus en plus à une logique de chiffre. On se doit de faire du chiffre pour avoir le sentiment d’exister. La réussite de sa vie sexuelle se limite à avoir du rendement, c’est à dire avoir un grand nombre de partenaires et accumuler les expériences sexuelles « bizarres ».

On entend d’ailleurs souvent à ce propos la phrase « Je ne voulais pas mourir idiot ». Il reste à savoir où situer l’idiotie, se plier aux diktats ou rester libre de ses choix ? Certains trouvent leur compte dans cette forme de sexualité parce que cela correspond à ce qu’ils sont, alors que d’autres s’y perdent en n’y trouvent pas ce qu’ils cherchent. Il serait judicieux de s’accorder le droit d’être ce que l’on a vraiment envie d’être sans se laisser influencer par les messages invitant à la performance. Est-ce ce qu’il me faut ? En ai-je vraiment envie ?

Influence de la pornographie dans les rapports amoureux

La pornographie autrefois confinée dans des salles de cinéma un peu miteuses s’est élargie par le biais de la vidéo et plus récemment d’internet et des réseaux sociaux. Tout le monde y a accès et elle est ainsi devenue une forme de pratique normative à laquelle Monsieur et Madame Tout le monde sont tentés d’adhérer.

Elle propose une sexualité essentiellement axée sur la performance où l’aspect émotionnel est complètement oublié. C’est ainsi que beaucoup de femmes ont du mal à atteindre l’orgasme, car le sexe est réduit à son aspect mécanique et la dimension cérébrale si importante dans l’accès au plaisir est absente. Les êtres humains ne sont pas des machines à jouir répondant à certains stimulus infaillibles.

Un problème d’éducation

La pornographie a remplacé l’éducation sexuelle et elle est souvent devenue pour les adolescents l’unique source d’information sur le sujet. Elle décrit une sexualité surréaliste exécutée par des corps parfaitement adaptés à ses exigences mais qui ne correspondent en rien aux corps réels, des prouesses sexuelles qui, pour prendre une métaphore gustative, s’apparenteraient davantage à une forme de goinfrerie qu’à l’art subtil de la gastronomie.

Le corps soumis à de nouvelles exigences

Le corps doit se plier aux nouvelles exigences de cette sexualité ultra-performante et certains n’hésitent pas à le transformer jusque dans ses zones les plus intimes pour l’adapter à ses normes. Les interventions visant à augmenter la taille du phallus des hommes ou à réduire la taille des petites lèvres chez les femmes. C’est oublier que le plaisir ne peut se résumer à une question de taille.

chirurgie esthétique, changer son corps

Changer son corps pour être meilleur seulement.

L’offre crée la demande

Le sexe est devenu un bien de consommation comme un autre, le volume prenant le pas sur la qualité ; il en est de même dans bien d’autre domaines. Je consomme et je me consume peu à peu, je perds le sens des choses à travers une forme de mécanisation de ma vie sexuelle. Le phénomène s’est mis en place dès la fin des années 60 à l’apparition de la contraception orale, a connu un ralentissement dans les années 80 et la survenue du sida, est reparti de plus belle lorsque l’arrivée de nouveaux traitements a permis une stabilisation du développement de la pandémie. L’essor d’internet a encore modifié les comportements sexuels en banalisant des pratiques marginales. L’offre encourage la demande en répondant à la logique du « puisque cela est proposé, puisque cela existe, c’est possible, c’est acceptable ».

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