Le féminisme a-t-il détruit la courtoisie ?

J’ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer.

J’ai appris que la courtoisie était souffrante ces derniers temps, comme elle est une vieille amie je suis allé à son chevet et j’ai le triste devoir de vous apprendre qu’elle est bel et bien en train de mourir.

C’est triste, mais il en est ainsi, nous allons devoir vivre sans elle. Sa disparition dans les rapports hommes-femmes sera une lourde perte et on serait tenté de dire que seules les femmes vont beaucoup y perdre, mais à la réflexion, les hommes aussi risquent de passer à côté de quelque chose d’intéressant, le genre de chose qui apporte un peu de lustre à l’ordinaire du quotidien.

En prenant le métro…

L’autre jour, j’ai croisé dans le métro, un type bizarre. Il était assis sur un siège de la rame, il s’ est levé et il a proposé sa place à une femme qui était debout, sans rien exiger en échange. La femme sans doute peu habituée à des pratiques aussi curieuses, n’a pas réagi tout de suite.

Elle a regardé l’homme d’un air surpris et lui a demandé s’il était sûr de bien vouloir lui laisser sa place. « Oui, lui dit-il, j’ai été assis toute la journée et je peux très bien terminer le voyage debout ». Visage étonné et suspicieux de la femme qui s’assoit en pensant que cette offre est une ruse pour l’approcher et lui demander un petit plus.

Là encore, elle se trompait, car il n’en fut rien, l’homme termina son voyage debout et descendit tranquillement quelques stations plus tard. Non, mesdames, il est inutile de m’envoyer des mails pour me demander sur quelle ligne voyage cet inconnu et vous n’en saurez pas plus sur ses horaires, j ‘en suis désolé, mon éthique personnelle me l’interdit.

De toute façon, vous devez bien penser qu’une telle perle est déjà prise dans les mailles du filet d’une séductrice sortie triomphante d’un combat âprement mené, qu’elle doit jalousement surveiller sa conquête tant convointée par ses malheureuses compétitrices et qu’elle doit constamment garder un œil sur cet homme surgi d’une autre époque et évincer tout ce qui ressemble de près ou de loin à un jupon féminin osant l’approcher d’un peu trop près.

On a détruit les plans.

Vous pensez peut-être que si cet homme-là existe, il doit bien y en avoir d’autres quelque part, qu’il suffit d’attendre, d’être patiente. Eh bien non, il n’y en a pas d’autres, il est seul de son espèce et je vous explique pourquoi.

féminisme et rencontre

Et si le féminisme avait casser quelque chose d’important ?

En 68, quand maman était jeune, ces hommes-là existaient encore, mais elle et ses amies ont jugé qu’ils étaient un brin « macho », c’est alors qu’animées d’un désir teinté d’hégémonie, elles ont brûlé les plans, elles ont cassé les moules pour éviter qu’ils se reproduisent. Et c’est pour cette raison que les femmes d’aujourd’hui doivent supporter à longueur de journées des rustres qui leur envoient des portes dans la figure, qui ne leur propose pas de les raccompagner chez elles quand il pleut (à moins bien sûr, qu’ils aient une idée derrière la tête), qui les laissent tranquillement porter des cabas aussi lourds qu’elles et qui ne s’excusent même pas lorsqu’ils leur arrivent de les bousculer dans la rue. Vous penserez peut-être que cela n’affecte que les créatures hideuses, les parias exclus du domaine de la séduction. Même pas, je vous assure qu’il s’agit de femmes normales, tout à fait normales, de celles que l’on croise tous les jours en sortant de chez soi.

Qu’est-ce qu’on peut faire ?

J’ai peur que le sort des générations X, Y et sûrement la suivante soit déjà scellé. Pour les autres, tout n’est pas perdu à condition de se donner les moyens du changement. Ce n’est pas un programme politique, c’est simplement l’ambition de changer un peu le quotidien. Le 24 mars prochain, ce sera la Journée de la courtoisie au volant. Pourquoi ne serait-ce pas la journée de la courtoisie tout court ? Imaginez déjà la belle journée que cela pourrait être. C’est le début du printemps, il fait si beau que les plus hardies se sont même risquées à découvrir leurs jambes trop longtemps cachées pas les collants épais, bottes guerrières et slim moulant de l’hiver. J’adore le printemps !

Ce jour-là l’homme du métro ne serait plus unique en son genre mais serait devenu l’espèce la plus répandue dans les rues de France. Subitement ces hommes-là retiendraient les portes au passage des femmes, leur proposeraient leur aide s’ils les voyaient lourdement chargées, s’excuseraient s’ils leur arrivaient de les bousculer en les croisant et, si d’aventure une petite pluie printanière venait clore une journée en tous points idyllique, ils leur proposeraient leur parapluie. Les femmes bien sûr ne seraient pas en reste et ne verraient pas tout sourire charmant qui leur serait adressé comme une preuve de lubricité non dissimulée, toute tentative d’approche comme une agression sexuelle ou toute marque d’attention comme acte préliminaire à des contacts plus rapprochés.

Un rêve un peu fou

Faisons un rêve un peu fou, celui que toutes les journées ressemblent à celle-ci, J1 d’une nouvelle ère dans laquelle les rapports hommes-femmes se seraient soudain adoucis, enfin équilibrés, où chacun pourrait trouver sa place sans dominer l’autre, où la courtoisie retrouverait la place qu’elle a perdue.

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